Comment entraîner sa volonté : les leçons de Milton Erickson

Milton Erickson (1901-1980) était un psychiatre américain et l’un des fondateurs de l’hypnothérapie moderne. Il a transformé la paralysie provoquée par la poliomyélite en une expérience qui allait révolutionner sa manière d’aborder la thérapie. Sa vie est, à elle seule, une histoire de persévérance, d’imagination et d’une extraordinaire capacité d’adaptation. Tout commence par…
La paralysie et le miroir
À 17 ans, en 1919, Milton Erickson contracte une forme grave de poliomyélite.
La maladie le paralyse presque entièrement. Il ne peut plus parler, ni bouger, et respire à grand-peine. Les médecins pensent qu’il ne survivra pas. Dans sa chambre se trouve un grand miroir, placé de manière à ce qu’il puisse voir son propre reflet. Incapable de bouger son corps, il commence à observer attentivement les plus infimes mouvements musculaires dans le miroir : un doigt qui frémit, un léger mouvement des lèvres ou des paupières. Milton Erickson commence alors à utiliser son imagination pour entraîner ses muscles. Il s’imagine marcher, nager, monter à cheval. Il « voit » ces mouvements dans son esprit et les répète mentalement, encore et encore. Peu à peu, ces exercices mentaux se traduisent par de petits mouvements réels. Après plusieurs mois de cet « entraînement devant le miroir », Milton Erickson parvient à retrouver une partie de sa mobilité. Onze mois plus tard, il commence à marcher avec des béquilles. Les médecins sont stupéfaits. Pour eux, une telle récupération semblait impossible. Mais personne ne pouvait imaginer ce qui allait suivre.
Les béquilles et le canoë
En 1922, à 21 ans, pendant ses premières vacances d’été à l’université du Wisconsin, Milton Erickson décide de relever un défi pour accélérer sa récupération. Il envisage un long voyage en solitaire à bord d’un canoë : parcourir environ 1 000 miles sur le Mississippi. À cette époque, il se déplace encore avec des béquilles, car marcher reste très difficile pour lui. Sa décision est prise : il pagayera, campera seul et emportera le strict minimum. Le voyage est extrêmement éprouvant. Il lui faut pagayer avec des bras encore affaiblis, surmonter la fatigue et trouver des moyens de se débrouiller malgré ses forces limitées. Mais c’est précisément cette expérience qui lui permet de développer progressivement deux capacités essentielles : La force physique : grâce à la répétition quotidienne des mouvements, son corps se renforce peu à peu. La résistance mentale : il découvre qu’il est capable d’endurer bien davantage qu’il ne l’imaginait. Comme son corps supporte difficilement les charges lourdes, il voyage avec très peu d’équipement. Il compte souvent sur l’aide des pêcheurs et des habitants des rives du fleuve, qui lui offrent de la nourriture et l’aident tout au long du parcours. Il entreprend ce voyage avec des béquilles. À son retour, il n’en a plus besoin. Son corps s’est suffisamment renforcé pour lui permettre de marcher sans elles.
Au cours de sa carrière de thérapeute, Milton Erickson raconte plusieurs histoires étonnantes. Trois d’entre elles illustrent particulièrement bien son approche originale, souvent pleine d’humour.
1. Les grands pieds
Une jeune fille commence à développer un profond complexe : elle est convaincue que ses pieds sont beaucoup trop grands. Cette croyance lui fait tellement honte qu’elle refuse de sortir et évite tout contact social. Sa famille s’inquiète, car sa vie se limite désormais presque entièrement à sa chambre. Milton Erickson est invité à lui rendre visite à domicile, une pratique courante au début de sa carrière. Il discute tranquillement avec le père de la jeune fille, assis dans le salon, faisant semblant de ne pas prêter particulièrement attention à sa fille. Soudain, il se lève et demande où se trouvent les toilettes. En passant près de la jeune fille, il fait volontairement semblant de trébucher sur ses pieds. Il s’arrête alors et déclare, d’un ton parfaitement sérieux :
« Excusez-moi… Je ne les avais pas vus. Vous avez de si petits pieds ! »
Cette remarque, aussi simple qu’ingénieuse, bouleverse complètement la perspective de la jeune fille. Alors qu’elle s’attendait à être ridiculisée, elle entend quelque chose de totalement inattendu. Pour la première fois, un adulte ne confirme pas sa peur. Au contraire, il la remet complètement en question. Son complexe commence à perdre de son emprise. Peu après, la jeune fille surmonte son blocage, recommence à sortir et retrouve progressivement une vie sociale normale.
2. L’écart entre les dents
Une jeune fille est profondément complexée par son apparence physique. Elle présente un espace visible entre ses dents de devant, appelé diastème, et elle est persuadée que cela la rend peu attirante. Sa conviction est si forte qu’elle en vient à penser :
« Aucun homme ne voudra jamais m’épouser parce que j’ai l’air bizarre. »
Ses parents décident de demander l’aide de Milton Erickson. Celui-ci lui propose alors une idée pour le moins surprenante :
« Tu sais quoi ? Utilise cet espace entre tes dents. Va sur la place, près de la fontaine. Et lorsque tu verras un garçon qui te plaît, projette un petit jet d’eau sur lui à travers l’espace entre tes dents. Que ce soit ta façon bien à toi de le surprendre ! »
La jeune fille accepte le défi avec humour. Au lieu d’avoir honte de ses dents, elle commence à transformer cette particularité en une source de jeu et de charme.
L’histoire se termine de manière inattendue. C’est précisément ce geste inhabituel qui attire l’attention d’un garçon. Séduit par son sens de l’humour, il apprend à la connaître.
Et quelques années plus tard, ils se marient.
3. Se laver les mains 100 fois par jour
Un homme souffrant de symptômes obsessionnels compulsifs sévères vient consulter Milton Erickson. Son principal rituel consiste à se laver les mains.
Ce comportement est devenu si envahissant et épuisant qu’il se lave les mains jusqu’à 50 fois par jour. Cela perturbe son travail, sa vie quotidienne et ses relations avec les autres. Épuisé par ses tentatives répétées pour arrêter, il se présente devant Erickson avec une demande désespérée :
« Aidez-moi à me débarrasser de cette habitude. »
Milton Erickson lui répond :
« Non, vous n’allez pas arrêter. À partir de demain, vous allez vous laver les mains 100 fois par jour. Mais vous allez le faire selon un programme précis. Par exemple :
10 fois avant le petit-déjeuner,
10 fois avant le déjeuner,
10 fois avant le dîner,
… et ainsi de suite, jusqu’à atteindre 100 lavages. Je veux que vous comptiez soigneusement chaque lavage et que vous le notiez sur une feuille de papier. »
Au début, l’homme est stupéfait. Il s’attendait à recevoir l’interdiction de se laver les mains. À la place, on lui « prescrit » de répéter son comportement compulsif encore plus souvent. Pourtant, il prend l’exercice au sérieux. Dès le premier jour, il découvre à quel point se laver les mains 100 fois par jour est une tâche absurde et presque impossible à accomplir, tant sur le plan physique qu’émotionnel et pratique. Progressivement, il commence à sauter certains lavages. En quelques jours, son rituel obsessionnel commence à perdre de son pouvoir. Ce qui était auparavant un comportement qui le contrôlait devient une tâche ridicule, imposée de l’extérieur. En peu de temps, le nombre de lavages diminue considérablement…
Milton Erickson ne se remettra jamais complètement de la poliomyélite. Tout au long de sa vie, il se déplace avec une canne. Pendant les dix dernières années de son existence, il utilise un fauteuil roulant, en raison de difficultés à marcher et d’une force musculaire limitée dans les jambes. Malgré cela, il ne cesse jamais de travailler, de recevoir des patients et de transmettre son savoir.
Foire aux questions
Qui était Milton Erickson ?
Milton Erickson (1901-1980) était un psychiatre américain et l’un des fondateurs de l’hypnothérapie moderne. Après avoir été presque entièrement paralysé par la poliomyélite à l’âge de 17 ans, il a utilisé son imagination pour favoriser sa récupération. Il a ensuite développé une approche thérapeutique unique, fondée sur les métaphores, l’humour et les interventions paradoxales.
Comment Milton Erickson s’est-il remis de la poliomyélite ?
Après sa paralysie, il a utilisé un miroir pour observer les mouvements musculaires les plus infimes de son corps. Grâce à son imagination, il « entraînait » ses muscles en se représentant mentalement en train de marcher, de nager ou de monter à cheval. Après 11 mois, il a recommencé à marcher avec des béquilles. À 21 ans, il a entrepris un voyage en canoë d’environ 1 000 miles (1 600 km), qui lui a permis de renforcer considérablement son corps.
Quelle est l’histoire de la jeune fille complexée par ses grands pieds ?
Une jeune fille était tellement complexée par la taille de ses pieds qu’elle refusait de sortir de chez elle. Lors d’une visite à son domicile, Erickson a fait semblant de trébucher sur ses pieds, avant de déclarer : « Excusez-moi… Je ne les avais pas vus. Vous avez de si petits pieds ! » Cette simple remarque a bouleversé sa perception d’elle-même et l’a aidée à surmonter son complexe.
Quelle est l’histoire de la jeune fille ayant un diastème (un espace entre les dents) ?
Une jeune fille présentant un espace visible entre ses dents de devant se trouvait peu attirante. Erickson lui a conseillé de transformer cette particularité en atout : projeter un petit jet d’eau à travers l’espace entre ses dents sur un garçon qui lui plaisait. Au lieu d’en avoir honte, elle a commencé à jouer de cette particularité avec humour. Son geste a séduit un jeune homme, qu’elle a fini par épouser.
Comment Erickson a-t-il traité un comportement obsessionnel compulsif lié au lavage des mains ?
Un homme se lavait les mains 50 fois par jour. Plutôt que de lui demander d’arrêter, Erickson lui a prescrit de les laver 100 fois par jour, selon un programme strict, en notant chaque lavage. Le caractère excessif de cette tâche a progressivement changé la manière dont l’homme percevait son rituel. En quelques jours, le comportement compulsif a perdu de son emprise et le nombre de lavages a considérablement diminué.
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